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Villes nouvelles françaises 2001-2005

Evry - Contributions

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publié le 3 août 2012

  CONTRIBUTIONS D’EXPERTS PRÉSENTANT LA VILLE NOUVELLE D’EVRY

  1. EVRY : PRESENTATION ET PERSPECTIVES D’AVENIR

par Elio COHEN-BOULAKIA
ancien directeur du développement économique
Etablissement public d’aménagement de la ville nouvelle d’Evry
hiver 1999-2000

   1.1. Présentation

Evry, chef lieu de l’Essonne, ville–centre créée de toutes pièces, est devenue en une génération, la première concentration urbaine (80000 habitants) et le pôle économique le plus important du département (50 000 emplois).

C’est la plus petite des villes nouvelles. Son assise territoriale, modeste, est limitée à 4 communes : Evry, Courcouronnes, Bondoufle et Lisses.

   1.2. Des objectifs originaux

Le schéma directeur de 1965 prévoyait que l’essentiel des urbanisations de la SEINE-AMONT s’opérerait sur la rive droite :

- ville nouvelle de TIGERY LIEUSAINT, devenue SENART.

- le plateau rural d’EVRY-COURCOURONNES, entre CORBEIL-ESSONNES et RIS-ORANGIS.

Ce plateau n’offrait qu’un espace mesuré, dédié à la réalisation d’une ville-centre ayant double vocation :

· Fixer des populations nouvelles dans un cadre urbain.

· Rééquilibrer, restructurer, pour les communes qui environnent le site opérationnel. Entre Seine, Orge et Essonne, de VIRY-CHATILLON à CORBEIL, de SAINTE-GENEVIEVE DES BOIS à la SEINE, ces communes connaissaient depuis la fin des années 50, une véritable explosion démographique suite à la production accélérée de grands ensembles :

- 100 000 habitants nouveaux recensés dans ces communes entre 1954 et 1968.

- 12000 logements en cours de construction et 10 000 autres projetés à court terme, en 1968, au moment de l’engagement d’EVRY.

Il s’agissait de redéployer emplois, équipements, services, transports et ce supplément de centralité qui faisait trop souvent défaut aux banlieues, bien au delà des besoins générés par les seuls futurs habitants d’Evry.

Faire EVRY ce n’était donc ni faire plus, ni plus vite, mais tenter de faire mieux.

   1.3. Un parti d’aménagement obsédé par la centralité

Le parti d’aménagement, que la réalisation reflète dans ses grandes lignes, s’est attaché à organiser ce vaste espace de 14 communes sur lesquelles le futur centre urbain allait rayonner.

L’idée était de recréer la morphologie des villes et agglomérations traditionnelles, forgées par l’histoire mais au lieu que la zone centrale (l’essentiel du périmètre opérationnel) constitue la cellule mère, on voulait la greffer sur un organisme pré-existant.

La zone centrale est une croisée bâtie, chacun des bras de la croisée étant individualisé par un parc.

La volonté de faciliter une fréquentation intensive du centre-ville a conduit à promouvoir le transport collectif en créant un réseau original d’infrastructure : un site propre pour le transport en commun, systématique en zone centrale, a été également tenté en périphérie.

A la croisée, lieu de toutes les convergences, le centre-ville diffuse vers des quartiers à forte densité résidentielle (Pyramides, Epinettes, Aunettes, Canal) toutes les lignes de transport urbain de l’agglomération étendue.

Clef de voûte du dispositif, ce centre-ville, conçu pour accueillir un million de m2 de plancher, regroupe aujourd’hui l’éventail le plus large des fonctions urbaines :

Préfecture, Cité administrative, Justice, Bourse du travail, Chambre de Commerce et Chambre de Métiers, bureaux, logements, foyers, grands magasins, commerces et services spécialisés, théâtres, cinémas, bibliothèques, lycées, grandes écoles, université, cathédrale et mosquée…

De la conception des années 70 sur les dalles piétonnes (Agora, passages…) s’opére un retour à la rue traditionnelle (Cours Blaise Pascal), aux places- monuments (Place des Droits de l’Homme et du Citoyen).

Aujourd’hui, le centre ville est toujours à la recherche d’une urbanité qui soit un bon compromis entre les équipements de centralité et le souhait - pour ne pas dire le phantasme - d’un maillage animé de rues piétonnières.

A l’ouest de l’A6, le périmètre opérationnel a été systématiquement traité dans une organisation aérée, de faible densité, faite de hameaux de maisons familiales avec leurs équipements de proximité, d’une succession de parcs d’activités à vocations différenciées et qui ont été remarquablement agencés, de parcs, de bois, d’espaces verts aménagés pour le sport, le golf…

   1.4. Une croissance économique polarisée dans un environnement porteur

Sur l’axe économique majeur de l’autoroute du soleil, au cœur de la ceinture technologique de l’Ile de France Sud, EVRY, capitale d’un département "surdoué", a bénéficié, dès l’abord, du caractère valorisant de son environnement.

La réussite économique de la ville nouvelle est associée à

- de grands noms : ARIANESPACE, CNES, SNECMA, IBM, HEWLETT PACKARD, ACCOR, CARREFOUR…

- la mise en œuvre de technologies innovantes : l’informatique, l’espace et aujourd’hui la génétique

Elle est aussi le résultat d’un enracinement de PME/PMI à la fois traditionnelles et novatrices, tant dans le secteur industriel que tertiaire, enracinement qui rassure sur la pérennité de la vitalité économique indispensable à l’équilibre de l’agglomération.

EPEVRY, l’établissement public pilote de l’aménagement, a su à chaque étape, susciter la mise en place de structures d’accueil adaptées, notamment dans la période de croissance où les développements s’opéraient à la moyenne de + 2000 emplois/an.

Avec le GENOPOLE qui va concerner le Centre Essonne au delà d’EVRY, c’est une nouvelle aventure qui commence avec ses retombées et la création de :

- de centres de recherche,

- d’entreprises et d’emplois,

- de filières industrielles nouvelles nourries d’un effort permanent d’innovation et de formation où l’université prend sa place aux côtés des grands organismes nationaux.

   1.5. EVRY, à la croisée des chemins

Le constat sur l’achèvement de l’Opération d’Intérêt National entraîne aujourd’hui le désengagement progressif de l’Etat d’une intervention lourde qui a vu naître le centre urbain d’une agglomération forte au sud de la région.

Maintenant, des restructurations sont nécessaires pour aborder plus sereinement le prochain millénaire. La "deuxième couche" de l’hyper centre doit être, en particulier, engagée dans le cadre d’une politique de la ville pensée à l’échelle du territoire. Les principaux objectifs des années 2000 devraient porter sur le renouvellement de la ville sur elle-même, la ville économe, l’écologie urbaine.

30 ans après, est-on en droit de dire que l’essentiel des promesses, des espoirs a été tenu ?

Poser la question, c’est bien douter de la réponse…C’est qu’en effet il y a des ombres au tableau…

La crise urbaine qui affecte nos villes et nos banlieues frappe de façon peut-être plus visible les quartiers centraux d’EVRY, qui prennent peu ou prou des allures de quartiers sensibles.

Les raisons de cette situation peuvent s’analyser :

- Une concentration excessive de logements sociaux, ce qui n’a pas permis au brassage des classes sociales espéré de se produire.

- Un taux de jeunes exceptionnellement fort assorti d’une proportion élevée d’adolescents peu formés, trop souvent au chômage.

- Une inadéquation forte entre le niveau des emplois offerts et celui des actifs résidents.

- Une grave insuffisance dans la coordination de la gestion et de la maintenance des patrimoines : infrastructures publiques, patrimoine des bailleurs sociaux…

Dégradation de l’environnement, effets de l’insécurité sur le comportement des citadins qui les dissuadent de "vivre leur ville", tout cela est comme hypertrophié par ce qui fut l’ambition de départ, celle de mettre en place une centralité forte, en prise sur les quartiers résidentiels limitrophes.

Mais il convient sans doute de pondérer ces craintes, de relativiser les jugements "définitifs" et sans appel, que des esprits chagrins prononcent et que des médias complaisants contribuent à répandre, pour se souvenir que dans la vie d’une ville, une génération n’est que la toute première jeunesse et que l’avenir reste ouvert.

Une question enfin, qui conditionne probablement cet avenir :

à la notion de ville s’attache l’image d’un maire choisi par suffrage universel. La citoyenneté est en effet essentielle à la régulation de la vie de la cité. Aujourd’hui, le président du SAN n’a pas cette légitimité et cette proximité.

Y aura-t-il, demain, des citoyens de la “ ville nouvelle d’EVRY ”?

  2. LES POINTS FORTS DE LA VILLE NOUVELLE D’EVRY

par André DARMAGNAC
Syndicat d’agglomération nouvelle d’Evry
Février 1999

   2.1. Une plus grande place à la programmation urbaine

L’une des principales différences par rapport aux pratiques antérieures tient à la place nouvelle, et de premier plan, prise par la programmation en urbanisme. Ce fut l’émergence d’un nouveau métier. Il s’agit de penser avant de construire, et ceci à différents stades. Dans un premier temps, savoir quoi construire, et dans un second temps, définir le contenu de ce que l’on va construire.

Cette mutation caractérise l’époque des villes nouvelles françaises, mais elle s’est traduite à Evry selon certaines particularités. Au départ s’est imposé l’exercice de définition globale du contenu de la ville terminée, et le chiffrage des surfaces de planchers. Evry se distingue de ses soeurs d’Ile de France, dès ce stade, par une volonté de centralité forte. Une zone centrale, entre RN7 et Autoroute A6, serait à dominante d’habitat collectif, mixte socialement, pour atteindre la diversité des villes anciennes. Les zones externes à ce rectangle central seraient consacrées aux formes spontanées de lotissements d’habitat ou de zones d’activités.

Combien d’écoles, de collèges, de lycées, de gymnases, de Maisons de Quartier, de crèches, de dispensaires, qu’est-ce qu’une école moderne.... ? Des groupes de travail furent mis en place, pour associer tous les niveaux d’administrations correspondantes à une réflexion qualitative autant que quantitative. Que contient le centre d’une capitale régionale ? Lesquelles de ces fonctions pouvait-on espérer à Evry, si proche de Paris ? Sur ces questions de multiples autres contacts furent pris, on consulta les études faites spécialement par l’IAURP (devenu IAURIF par la suite) sur quelques métropoles régionales, on voyagea en France et à l’étranger... D’un voyage dans les polders de Hollande et à Amsterdam, on ramena le terme d’Agora (jusqu’alors on parlait de Forum). On sut “ vendre ” cette idée à un groupe de sages de ministères financeurs, pour amorcer le centre urbain avec des fonctions plus diversifiées que le seul commerce. Ainsi démarra la première opération complexe menée par l’EPEVRY.

Après avoir déterminé les équipements à construire, il fallut inscrire leur financement dans les prévisions budgétaires des administrations, autre stade de la programmation. Il fallut aussi négocier le bon emplacement dans les zones à desservir, exercice beaucoup moins simple qu’il n’y parait. Evry se distingue sans doute par son choix d’éviter la dispersion et de regrouper tout moteur d’animation dans des noyaux de vie urbaine.

Le programme de centre urbain nouveau s’attachait à inscrire, dans une distance piétonne autour de la gare d’Evry-Courcouronnes, tous les éléments constitutifs d’une capitale régionale : préfecture, commerces, loisirs, université, mairie, cathédrale.... Tenir cet objectif au fil des ans a révélé un autre aspect de la programmation, dissuasif celui-là : éviter que la place réservée à l’université, à la cathédrale et autres fonctions retardataires, ne soit prise par des hangars d’entrées de villes, ou tous autres programmes incompatibles sur le plan qualitatif.

   2.2. Un centre urbain avec une forte présence commerciale

Combiner la tradition des centres européens, ses fonctions, ses types d’animation, avec un centre commercial à l’américaine, dans le respect de ses normes de stationnement. Le mariage de la tradition et de la modernité, en quelque sorte. Tel fut le défi.

Achevé depuis vingt-cinq ans pour ce qui est de l’ensemble Evry2-Agora, le chantier de la centralité est loin d’être terminé. De vastes terrains vagues distendent encore les éléments de ce centre ville, qui cependant voit vivre déjà plusieurs séquences caractéristiques : deux places représentatives (place des Droits de l’Homme et du Citoyen, bassin de la préfecture), une ambiance de boulevard (cours Blaise Pascal), une zone spécialisée dans le commerce et les loisirs (CCR-Agora).

   2.3. Une maîtrise d’œuvre urbaine performante

L’effort de programmation globale s’est prolongé sur le plan opérationnel, par la réalisation des équipements et des espaces publics. L’équipe de l’EPEVRY s’est plus spécialement concentrée sur la conception et la réalisation des espaces intermédiaires, tout en donnant des directives précises aux concepteurs des volumes qui les entourent.

Pour certaines opérations, qui combinaient un grand nombre de maîtres d’ouvrages dans des constructions imbriquées, des montages complexes furent pratiqués avec succès, reposant sur des délégations de maîtrises d’ouvrages multiples et variées. Ainsi pour la gare d’Evry-Courcouronnes (site multimodal superposant SNCF-Transports Urbains-Voies de bus moyennes distances), pour l’ensemble CCR-Agora, pour le secteur des Passages (cours B. Pascal - allée J. Rostand, qui combine des logements, des commerces, des équipements universitaires)... L’objectif était de retrouver la complexité des centres ancien pour renforcer les moteurs d’animation, et d’économiser l’espace, pour faire tenir les fonctions centrales dans une zone piétonne.

   2.4. Un grand concours international

L’opération dite d’Evry I, portant sur l’une des quatre branches de l’X, qui structure la zone centrale, a été lancée par le biais d’un concours international. Il s’adressait à des équipes-d’architectes, promoteurs et entreprises, selon une formule qui mariait la conception et la construction, dans un souci de gain de temps et de travail, afin de reporter sur la qualité les économies ainsi réalisées. Il sera gagné par le projet aux Pyramides.

Ce concours fera date dans les professions de l’architecture et de l’urbanisme. Il marque aussi la fin d’une période : celle d’une expansion qui se croyait éternelle (juste avant le premier choc pétrolier de 1973), celle d’une recherche de modélisation et d’industrialisation en architecture, celle où la mixité sociale était encore une valeur à servir.

De l’organisation de la compétition à la réalisation du chantier et à la tenue d’une exposition-bilan au Grand Palais à Paris, une précieuse expérience professionnelle a été capitalisée. Sur le terrain, tout ne s’est pas avéré positif. Le changement de contexte économique n’a pas permis au lauréat d’aller au bout du chantier, l’expérimentation du tout électrique (incluant le chauffage) a tourné court. Une première génération d’habitants à l’esprit pionnier s’est distinguée par une vie de quartier bouillonnante. Les décennies suivantes sont plus attentives aux difficultés à vivre la mixité sociale.

   2.5. De la construction industrialisée à l’architecture urbaine

De la fin des années soixante aux années quatre-vingt, la période de construction intense des villes nouvelles couvre toute une évolution de l’architecture. Juste après les “ grands ensembles ”, elle débute avec les recherches de modèles industrialisables, de “ trames ”, d’urbanisme de dalles, pour revenir ensuite à des formes plus souples et mieux adaptables aux diversités urbaines, ainsi qu’à des programmes plus modestes, et pour s’achever dans une dominante pavillonnaire classique.

Lancé au démarrage de la ville nouvelle, le Parc aux Lièvres se rattache aux grands ensembles pour sa conception. Le Champtier du Coq, première expression des principes de la ville nouvelle, esquisse un retour à la rue, avec les modèles architecturaux disponibles à la fin des années soixante. Viennent ensuite les Pyramides, par le biais du concours. Tirant la leçon de cette expérience, l’EPEVRY revient à l’exercice direct de la maîtrise d’oeuvre urbaine, dans les quartiers des Epinettes, du Canal et des Aunettes. Le Bois Sauvage consacre le repli final sur la dominante pavillonnaire.

A toutes ces étapes sont respectées les intuitions de départ, de densifier sur les branches de l’X, pour laisser la place à un urbanisme vert, qui met tous les logements à faible distance d’un vrai parc urbain de plus de dix hectares. Le quartier des Aunettes bénéficie, en plus du parc des Coquibus, de petits parcs de voisinage équipés d’écoles et d’espaces de jeux.

   2.6. Une maîtrise de la symbolique du bâti

Toute forme urbaine est expressive de la société qui l’a engendrée, mais toutes les époques ne sont pas également conscientes de ce qu’elles expriment ainsi. Après des décennies d’architectures qui ne parlaient que de modernité, de rationalité, de fonctionnalité, de performances techniques... l’équipe d’Evry s’est plus spécialement attachée à transcrire dans le cadre bâti les symboles d’une collectivité humaine naissante, tout en restant dans une expression moderne.

Au départ, l’architecte Guy Lagneau a chargé l’ensemble préfectoral de la symbolique des trois pouvoirs autonomes, qui fondent la démocratie. La place des droits de l’Homme et du Citoyen, inaugurée en 1993 par François Mitterand, élargit l’entreprise en donnant à voir les bâtiments qui symbolisent les pouvoirs politique, économique, religieux, culturel, dans cette ville chef-lieu de l’Essonne. L’ensemble de commerces et loisirs Evry2-Agora exprime bien, à sa manière, l’univers des consommations de cette fin de siècle. Le cours Blaise Pascal amorce les espaces de convivialité, qui devraient se poursuivre dans la “ porte de Beauce ”. Les générations à venir sauront bien exprimer leur singularité en comblant les nombreux vides, ou en construisant leur ville sur la nôtre.

   2.7. Le premier réseau français de transports en commun en site propre

Dans l’après-guerre, les villes françaises avaient abandonné, les une après les autres, les vieux réseaux de tramways. Evry fut la première à mettre en pratique le retour à des voies spécialisées pour les transports urbains. Mais cette fois, un réseau totalement spécialisé, sur lequel ne circulent que les autobus, évitant ainsi les encombrements et garantissant une vitesse commerciale de 30km/h. Ce réseau compte actuellement dix-sept kilomètres en site propre. Il est centré sur la gare d’Evry-Courcouronnes, point de rabattement. Depuis, de nombreuses villes ont suivi l’exemple, jusqu’à constituer un club des villes à TCSP, et se retrouver régulièrement en congrès.

   2.8. Une expérience d’animation-promotion du tissu social

Les ministères de la Culture, de la Jeunesse et des Sports, de la Santé-action sociale, le Fonds d’Intervention Culturelle... étaient très attentifs, dès la livraison des premiers quartiers, à la naissance d’une vis sociale et culturelle dans ces villes nouvelles, phares du savoir-faire français. Chacune fut dotée, dès le début des années soixante-dix, d’une “ Mission d’animation ”, qui engendra elle-même un foisonnement associatif.

A Evry, ce fut rapidement l’association “ Evry-animation ”, puis l’ACAVE, club de prévention fondu dans des activités socio-culturelles classiques, puis “ Evry-Accueille ” (ses nouveaux habitants), puis la Mission d’Education Permanente, puis la Maison des Racines, puis le FIAPEVRY.... L’option de centralité forte, la livraison prochaine de l’Agora, orientèrent vite sur des actions rayonnant sur tout le bassin de vie. Afin de rendre la modernité moins agressive, la ferme du Bois-Briard, restaurée, fut largement utilisée par ces diverses activités. Dans le binôme qu’elle formait avec l’Agora, elle incarnait la tradition.

Pendant cinq ans au moins, ces initiatives remplirent bien leur rôle de construction d’un tissu social. L’Agora offrait un riche programme culturel, ses Arènes étaient le domicile du Stade Français basket, la ferme accueillait les fêtes des réseaux bretons, occitans, chiliens... de toute la contrée. Mais l’articulation avec les MJC traditionnelles se trouvait difficilement, et lorsque l’Etat se désengagea (début des années 80), les collectivités locales, pour des raisons principalement financières, abandonnèrent la plupart de ces associations. On pourrait, aujourd’hui, s’interroger sur le rôle préventif qu’elles auraient su jouer dix ans plus tard, face au mal vivre des banlieues.

   2.9.- Le “boom” de l’immobilier religieux

Dès le début de la conception, dans le cadre du travail de programmation, un groupe fut consacré aux équipements cultuels. La plupart des religions identifiées y furent représentées, mais trente ans après, les cultes ayant construit sont plus nombreux encore. On dénombrait neuf confessions en 1994. La cathédrale est, bien sûr, la réalisation la plus voyante, mais la mosquée, très centrale aussi, lui dispute la vedette. Elle peut s’enorgueillir d’avoir la plus grande salle de prière de toutes les mosquées de France. La plupart des autres lieux de culte sont beaucoup plus modestes et discrets, à l’exception de la pagode projetée, qui viendra le long de la RN7.

Il faut voir sans doute, dans cette concentration d’édifices religieux, une retombée de la centralité. Toutes les villes préfectures enregistrent, parait-il, le même phénomène, qui est aussi, en même temps, signe d’une époque oû les préoccupations religieuses reprennent de l’importance.

   2.10. Un pôle économique et de haute technologie

En matière économique, l’objectif des villes nouvelles était d’obtenir un bon rapport habitat-emploi, de manière à rapprocher le logement et le travail. Ce but a été largement atteint à Evry, puisque la ville nouvelle a créé 45 000 emplois pour 30 000 logements. Il est atteint à la fois sur le plan quantitatif et sur le plan qualitatif, car les implantations d’entreprises ont à la fois renforcé l’héritage industriel du passé régional, et permis l’émergence de secteurs de pointe.

Le vieux pôle industriel de Corbeil-Essonnes a largement influencé les implantations dans les premières zones d’activités de la ville nouvelle : imprimerie, agro-alimentaire, électronique, mécanique de précision... La deuxième moitié du XXè siècle a vu se regrouper, au sud de Paris, la majeure partie de la recherche et des hautes technologies de la région d’Ile de France. Le Nord-Ouest de l’Essonne, notament autour de la zone de Courtaboeuf, est devenu le pôle de référence en matière d’informatique et de technologies de pointe. A l’autre bout du département, avec son image dynamique de ville nouvelle et la présence de gros donneurs d’ordre, comme IBM et la SNECMA, Evry a su profiter de cet environnement pour devenir l’autre grand pôle d’activités d’avenir. Les technologies de l’espace (CNES, ARIANESPACE) et le Génopole renforcent cette dynamique. A ceci s’ajoute le secteur des services et de la grande distribution, qui bénéficie du carrefour A6/Francilienne et de la proximité d’Orly. Evry est ainsi le siège de trois très grandes sociétés de services et de leurs centrales d’achats : Carrefour, Accor et Intermarché. L’université d’Evry Val d’Essonne, première en France pour les filières professionnalisées, complète avec bonheur ce dispositif.

   2.11. La présence des arts plastiques

Le souci d’intégrer les arts plastiques à la ville s’est traduit à Evry par quelques réalisations qui marquent le paysage : “ la Dame du lac ” de Szekely (rocher d’escalade de Courcouronnes), le “ Déambulatoire ” de Singer et le “ Dragon ” d’Alleaume aux Pyramides, la fontaine d’Amado, cours Blaise Pascal à Evry, la place des Droits de l’Homme et du citoyen, de Kathryn Gustavson, à Evry...

  3. POSITIONNEMENT RÉGIONAL DE LA VILLE NOUVELLE EN 1999

par Patrick THEPIN
Etablissement public d’aménagement de la ville nouvelle d’Evry (service OMERE)
Février 1999

Le projet de ville nouvelle, issu des orientations du schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région parisienne de 1965, s’était fixé deux grands objectifs :

- "Restructurer par une armature urbaine cohérente un secteur en forte expansion, au développement anarchique,

- Mettre en place, sur le plateau d’Evry, un centre urbain régional aux fonctions diversifiées."

Territorialement, ce projet devait concerner une "agglomération" intégrant une quinzaine de communes autour du centre envisagé (secteurs de Ste Geneviève des Bois, Grigny, Evry et Corbeil-Essonnes).

Faute de consensus politique suffisant, l’intervention de l’Etat s’est, en fait, concentrée sur un espace restreint, central et vierge de toute urbanisation.

   3.1. Un centre urbain majeur au niveau régional

En termes de population, les communes du projet d’agglomération d’origine ont désormais atteint un seuil suffisant (plus de 350 000 habitants) pour que l’on puisse faire référence à un véritable bassin d’habitat.

En termes d’emplois, le bassin d’Evry - Corbeil se situe désormais au premier rang du département de l’Essonne et joue un rôle important de structuration du sud de l’Ile de France. La dynamique de son centre "ville nouvelle" peut continuer à se développer sur le territoire du centre Essonne et donc profiter à des communes actuellement moins bien dotées. L’amélioration de l’adéquation actifs résidants - emplois locaux devra être au coeur des préoccupations de développement économique.

Les échanges avec le reste de la région sont favorisés par la présence d’infrastructures routières (A6 et RN 104) et ferrées (RER D) importantes. Toutefois, ce réseau devrait être complété, d’une part, par la francilienne ferrée sud favorisant les relations avec St Quentin, Massy et Sénart, d’autre part, par des compléments de maillage en transports en commun du réseau local du centre Essonne autorisant, notamment, le désenclavement des quartiers les plus défavorisés.

Si l’environnement se compose d’une partie importante de secteurs urbanisés, la géographie du centre Essonne accueille, en outre, de nombreux secteurs boisés et agricoles. Cette localisation particulière constitue une chance certaine pour ce territoire qui, situé à l’interface entre la ville et le monde rural, devra s’inscrire plus qu’ailleurs dans des perspectives de développement durable.

Génopöle, projet à vocation scientifique et économique, soutenu notamment par l’Etat et le département de l’Essonne, constitue une base solide sur laquelle pourrait se développer un nouveau projet de territoire pour le centre Essonne. Il devrait permettre le renforcement de la coopération intercommunale à partir de son concept et de ses ambitions de développement.

   3.2. L’intercommunalité…

Le Syndicat d’Agglomération Nouvelle d’Evry (Bondoufle, Courcouronnes, Evry et Lisses) abrite désormais toutes les fonctions d’un centre urbain.

Peu à peu, les collectivités locales se structurent, se parlent et s’associent.

- L’élaboration d’un schéma directeur par le Syndicat Mixte Essonne Centre (SAN d’Evry, canton de Brétigny sur Orge et Villabé) en est un des exemples les plus concrets.

- Au quotidien, des habitants pratiquent l’intercommunalité sans le savoir (réseau TICE de transports en commun, aire d’attraction de l’université Evry Val d’Essonne, pour ne citer que ces exemples).

Le centre Essonne devient de fait une réalité territoriale (du SAN de Sénart en Essonne à Brétigny, de Corbeil à Grigny - Viry Châtillon).

Il doit désormais, renforcer ses solidarités institutionnelles et politiques et se doter d’outils à la hauteur de ses ambitions pour se forger une culture commune et élaborer un projet d’aménagement traduisant la pertinence de son territoire. A ce prix, il permettra le renforcement de la structuration de l’Ile de France et contribuera au rang que la région entend tenir dans le concert européen.

  4. LE GENOPOLE d’EVRY

Dans les années quatre-vingt, le long de la RN7 à Evry, l’Association Française contre les Myopathies (AFM) installe, près de son siège, le Généthon. Ce qui aurait pu rester un laboratoire isolé à tous points de vue, est en voie de devenir un puissant pôle de développement économique pour la région sud de Paris, et sera peut-être, demain, un sanctuaire mondial de la thérapie génique.

   4.1. Le projet

La ténacité de cette association, conduite par le président Barataud, est à la base de cette épopée. Le spectaculaire Téléthon fournit les moyens de rassembler une équipe de leaders en recherche génomique. Exploitant les ressources de l’informatique pour industrialiser la recherche, cette équipe parvient à dresser, en 1992, la première carte du génome humain.

Fidèle à son objectif d’obtenir rapidement des remèdes à un certain nombre de maladies rares, l’AFM passe le relais à d’autres acteurs, qui étendent le projet de génopole aux autres champs des biotechnologies. D’un côté, des entreprises se créent, visant, notamment par le biais de contrats avec les grands de la pharmacie, les marchés beaucoup plus vastes de maladies plus répandues (cancers du sein, de la prostate, épilepsie...). Par sa fulgurante ascension, la société Genset illustre l’importance des perspectives ouvertes par ces enjeux nouveaux. De l’autre côté l’Etat, conscient du caractère stratégique de ce secteur en passe de révolutionner la médecine, l’agriculture et l’élevage, apporte son appui en créant à Evry le Centre National de Séquençage (CNS) et le Centre National de Génotypage (CNG), chargés de mesurer, cartographier, déchiffrer le patrimoine génétique... Toutes opérations qui ne prennent leur sens que si de nombreuses entreprises viennent s’implanter autour, pour rechercher des applications à ces découvertes.

Ainsi commence à bourgeonner, sur le territoire de la ville nouvelle d’Evry, un milieu de savants experts en biologie cellulaire, génomique, électronique, informatique, mathématique, robotique.... La jeune université d’Evry Val d’Essonne apporte son soutien logistique en s’ouvrant largement à la biologie. Une Mission Génopole, confiée à Monsieur Pierre Tambourin, établit l’interface entre la recherche, l’université et l’industrie. Elle facilite, en particulier, la métamorphose de chercheurs en entrepreneurs, et la mobilisation de financements pour les sociétés “ start-up ”. Les contacts sont établis pour que ce pôle d’excellence rayonne sur tout le réseau des biopôles français, et aide celui-ci à conquérir rapidement une forte visibilité européenne et internationale.

Conscientes des promesses de ce vaste projet pour le développement économique et l’emploi, les collectivités locales opèrent une vigoureuse mobilisation. Le Département de l’Essonne apporte en 1998 une aide de 30 millions de Francs. Il est, avec la mairie d’Evry et l’AFM, l’un des fondateurs de l’Association Génopole, créée en attente d’un GIP. La Chambre de Commerce et d’Industrie construit un incubateur d’entreprises et participe au fond d’amorçage de start-ups. Le Syndicat d’Agglomération Nouvelle d’Evry (regroupant 4 communes), est maître d’ouvrage d’une réseau numérique à haut débit, qui assurera les liaisons avec la communauté scientifique internationale via les autoroutes de l’information. Soutenu par la Région d’Ile de France, ce réseau desservira également les établissements universitaires et de recherche locaux (université EVE, INT, IIE-CNAM, Ecole des Mines…). Les villes voisines, associées au sein d’un comité de pilotage, suivent de près l’évolution et projettent de créer une association. Les plus impliquées sont Ris-Orangis, et Brétigny sur Orge, associée à l’Agglomération Nouvelle d’Evry dans les Syndicat Mixte Essonne Centre (SMEC).

   4.2. Impacts actuels et futurs

Plusieurs groupes de bâtiments constituent, dès aujourd’hui, les amorces de ce qui commence à être un vaste campus de recherche génététique.

Le long de la RN7, au sud d’Evry, l’entrée de ville est ponctuée par le laboratoire du Généthon et le siège de l’AFM. Tout près, la CCI 91 termine les travaux de la pépinière d’entreprises, et de l’autre côté, la société Genset étend ses activités dans des locaux récupérés de la SNECMA. Dans un second groupe, à quelques centaines de mètres, près du centre urbain nouveau, se trouvent le CNS et le CNG, qui abritent aussi quelques “ start-up ”, et une première implantation de Rhône Poulenc Rorer. Le troisième groupe se trouve dans la jeune université EVE, sur le flanc sud-ouest du centre urbain. Un DEUG des sciences de la vie existait déjà. A la rentrée 1998, quatre chaires de biologie sont en place, ainsi q’un IUP “ Génie génétique ”. Par ailleurs, des chantiers sont sur le point de démarrer, comme celui du centre de conférences qui servira à réunir, près du Généthon, l’élite mondiale de la génétique.

Au total, le Génopole a déjà créé près de 1 000 emplois et attiré une dizaine d’entreprises. L’Etat s’est engagé sur un programme d’investissements pluriannuel de 1 100 millions de francs. Le Département a joint son partenariat dès cette année. La ville et l’Agglomération Nouvelle d’Evry apportaient depuis longtemps leur concours, entre autres en accueillant le Téléthon et en facilitant la mise à disposition de terrains. Leur mobilisation se développe par la réalisation du réseau numérique et par l’étude du schema d’organisation spatiale du campus université-recherche, qui constituera le “ noyau dur ” d’un génopole élargi à tout l’axe sud de la grande couronne parisienne.

Ce projet de Génopole sera développé suivant quatre axes scientifiques : 1 - Informatique et génomique, 2 - Nanotechnologies, automatismes, métrologie, sciences des procédés biologiques, 3 - “ Après-gène ”, 4 - Environnement et génomique. Dès le début 1999, huit nouveaux laboratoires seront installés, tous liés à ces grands axes. Y seront associés l’AFM, l’université, les grands organismes publics de recherche (INSERM, CNRS, INRA, CEA) et des entreprises (Rhône-Poulenc Rorer Agro, Limagrain...).

Le développement industriel accompagnera ce développement de la recherche. A terme, le nombre d’emplois créés devrait approcher les 5 000 dans les trois années qui viennent, et le nombre d’entreprises une soixantaine.

Ainsi le projet de Génopole bénéficie d’une mobilisation générale, impliquant l’Etat, le monde économique, le monde universitaire, les collectivités locales et les associations. Par son ambition de conquérir pour la France un rôle de premier plan dans le développement des biotechnologies, il met notre pays en concurrence avec les principales puissances du monde, en particulier les USA. Il relève donc un défi majeur du XXIème siècle, tant sur le plan économique que scientifique ou humanitaire.