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Villes nouvelles françaises 2001-2005

Cergy-Pontoise contributions

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publié le 9 novembre 2011

  CONTRIBUTIONS D’EXPERTS PRÉSENTANT LA VILLE NOUVELLE DE CERGY-PONTOISE

  1. LES POINTS FORTS DE CERGY-PONTOISE

par Bertrand WARNIER ancien directeur de l’urbanisme Etablissement public d’aménagement de la ville nouvelle de Cergy-Pontoise

   1.1. Le site

La boucle de Neuville/Cergy est à l’origine du “ parti ” d’aménagement de la Ville Nouvelle de Cergy-Pontoise. Le méandre exceptionnel de la rivière l’Oise, qui pénètre le plateau du Vexin avant de rejoindre la vallée de la Seine, est un site remarquable qui aurait mérité d’être classé au titre du patrimoine naturel. C’est pour cette raison qu’il a été choisi comme support de l’urbanisation dont la forme en amphithéâtre permettait de donner une identité et une unité à cette ville nouvelle. Les risques pris étaient multiples :

1. Avoir à convaincre du bien fondé de faire vivre des dizaines de milliers d’habitants dans un site hors du commun, plutôt que de construire une ville en chapelet sur un plateau indifférencié.

2. Passer à travers les villages installés tout autour de la boucle et qui font écrans entre la rivière et les nouveaux quartiers.

3. Effacer (en quelques sortes) les limites administratives (communales) au bénéfice de la géographie.

4. Compliquer les relations inter-quartiers car la rivière constituant un obstacle, il fallait multiplier les points de franchissement.

5. Laisser penser (à juste titre) que la base de loisirs à vocation régionale soit petit à petit appropriée par la ville de Cergy-Pontoise et ses habitants, en étant au centre de l’urbanisation.

   1.2.L’axe Majeur

C’est le prolongement de la boucle dans l’urbanisation ; c’est un lien entre la boucle et la population résidente. C’est un élément symbolique qui affirme la présence du site dans la ville.

L’Axe Majeur a une fonction “ monumentale ”. Au lieu d’affirmer un objet architectural, il a été choisi de réaliser un espace “ sculpté ” sur trois kilomètres de long et d’exploiter les vues panoramiques sur la silhouette de Paris et de la Défense. C’est le principe de composition du Trocadéro - Champs de Mars - Ecole militaire. Mais au lieu d’être à l’échelle de la ville, l’Axe Majeur est à la dimension de l’agglomération.

   1.3. L’environnement

Cergy-Pontoise a la chance d’être ceinturée par des espaces naturels qui donnent des limites à la ville :

· à l’Ouest et au Nord le Parc Naturel Régional du Vexin français,

· au Sud-Ouest la forêt de l’Hautil perchée sur une butte témoin,

· à l’Est, la ceinture verte de la région Ile-de-France (l’espace linéaire inscrit au SDRIF), une liaison verte entre la forêt de Montmorency et celle de St Germain en Laye).

La Vallée de l’Oise passe au centre de la ville. La boucle de Cergy Neuville est un accident géographique exploité par la ville (voir §1) et par une base de loisirs régionale.

   1.4. Les infrastructures ferrées régionales

Cergy-Pontoise a eu, sur le plan des infrastructures ferrées régionales, des périodes de dépressions et d’euphories.

C’est le projet d’Aérotrain (invention Bertin) qui a bloqué les travaux du RER engagés en 1971/72. L’Aérotrain devait, par une ligne expérimentale, relier Cergy-Préfecture à la Défense en 9 minutes, projet abandonné en 1974.

La gare de Cergy-Préfecture a été ouverte (ligne A du RER) en 1979.

En 2000, la ligne C du RER doit avoir son terminus à Pontoise. C’est la deuxième génération de transports régionaux qui est en train de se mettre en place et qui va placer Cergy-Pontoise dans une position de carrefour et lui donner un dynamisme économique supplémentaire. En effet, avec :

· le prolongement du RER A à partir de la Défense,

· le Trans val d’Oise (liaison Pontoise/Roissy),

· la tangentielle Nord-Sud (Cergy, St Germain, Versailles, Plateau de Saclay),

· la ligne F du RER (gare Montparnasse),

· la nouvelle liaison Seine/Oise (par Pontoise),

Les nouvelles infrastructures ouvrent Cergy-Pontoise sur Roissy Charles De Gaulle, l’Europe du Nord et les Iles Britanniques (A. 16, Francilienne, Trans val d’Oise).

La ville aura de multiples relations possibles dans toutes les directions et notamment des relations directes avec toutes les grandes gares Parisiennes.

   1.5. Les Activités

Le tissu économique est très dense, très diversifié, avec une répartition équilibrée de grands parcs d’activités et une forte représentation de PME-PMI.

Le site a vu aussi s’implanter très grands groupes, leurs établissements ou leur siège social.

   1.6. L’urbanisme et le centre de Cergy-Pontoise

A l’origine, l’urbanisme de Cergy-Pontoise repose sur la séparation des circulations : ainsi en est-il du Centre Préfecture, construit sur dalle (une dalle de 18 ha !). Progressivement, les quartiers suivants sont revenus à des références plus traditionnelles.

Depuis une dizaine d’année, le Centre de la Ville Nouvelle cherche à “ atterrir ”, c’est-à-dire à retrouver le sol naturel, tout en conservant les avantages du double niveau (voitures/piétons). Cela est possible car :

· Des extensions sont engagées sur des terrains neufs (ancienne caserne Bossut) ou sur des réserves foncières ponctuelles.

· Les conditions de desserte régionale vont s’améliorer (gare de Pontoise, gare de Cergy-Préfecture).

· Des relations directes sont en cours d’études entre ces deux gares existantes distantes de 1600 mètres l’une de l’autre.

· La Cité historique de Pontoise sera étroitement associée à ce qui doit devenir le centre de Cergy.

   1.7.Les Grands concours d’Architecture

Après la période qui privilégiait “ l’économie des systèmes constructifs dans le bâtiment ”, est apparue une politique d’Architecture Nouvelle.

A Cergy-Pontoise, deux concours, celui des “ maisons de ville ” (1976) à Jouy-le-Moutier et celui des “ immeubles de ville ” (1978) à Cergy-Puiseux, ont eu un certain retentissement aussi bien par leurs objectifs que par leurs méthodes :

· Les objectifs : renouer avec une architecture familière de petites opérations.

· Les méthodes : définir un cadre urbain strict dont les directives s’appliqueraient aux équipes qui proposeraient une architecture sur le sujet. Une vingtaine de lauréats ont été retenus à chaque concours pour réaliser une petite partie du quartier qui servait de support au concours.

   1.8.Les grands équipements

Chef-lieu du département, Cergy-Pontoise commence à s’affirmer comme le pôle urbain, non seulement du département, mais du Nord-Ouest Parisien.

Les grands équipements se développent ou se créent. Ainsi en est-il de :

· L’hôpital régional,

· Le Palais de Justice,

· Le Centre Administratif,

· Les grands équipements sportifs et culturels,

· De grandes Ecoles Privées et l’université publique.

Tous ces équipements sont répartis dans la ville :

· L’université, notamment, a choisi de ne pas s’enfermer dans un campus mais de faire partie du centre-ville au même titre qu’un siège social d’entreprise ou qu’un équipement culturel.

· La Préfecture “ Drugstore ” avait donné dès le départ une impulsion qui continue de faire école.

   1.9. Formation

Les Ateliers d’Eté de Cergy-Pontoise sont un mode de relations original entre :

· l’aménageur (EPA),

· les milieux universitaires internationaux dans le domaine de l’aménagement et l’urbanisme (la Maîtrise d’œuvre Urbaine).

Des équipes de jeunes professionnels du monde entier viennent pendant un mois traiter un sujet d’actualité sur la base d’un projet en vraie grandeur.

Des experts de tous pays s’associent aux urbanistes de l’Etablissement Public pour apporter leur concours aux équipes jugées en fin d’exercice par un jury composé de personnalités institutionnelles et internationales.

La méthode a été expérimentée depuis 1982. L’intérêt manifesté par les universités, les observateurs professionnels et les “ institutions ” a fait créer depuis 1997 une deuxième session des Ateliers, en Asie, traitant le problème spécifique d’une métropole de cette partie du monde.

   1.10. L’Etablissement Public d’Aménagement

L’Etat, il y a 35 ans, a mis en place des outils d’aménagement dont l’objectif était d’organiser la région parisienne et de maîtriser son développement. L’Etablissement Public d’Aménagement fait partie de ces outils. C’est un point fort qu’il a maintenu dans la continuité.

L’action sur le long terme en matière d’aménagement est porteuse de résultats qui commencent à exister.

  2. Présentation et perspectives d’avenir

par Michel Jaouën, directeur de l’urbanisme et de la prospective Etablissement public d’aménagement de la ville nouvelle de Cergy-Pontoise

   2.1. Une ville fédérale, une ville-paysage

C’est en 1966 qu’a été décidée la création de cinq villes nouvelles en région parisienne. Il s’agissait alors, afin de faire face au développement de l’agglomération parisienne, de créer de nouveaux centres urbains, de desserrer l’habitat et les activités concentrées sur Paris et sa proche banlieue.

Cergy-Pontoise est l’une d’entre-elles. Située à la rencontre du plateau du Vexin et de l’Oise, c’est sur un site exceptionnel et chargé d’histoire - n’oublions pas que Pontoise a été résidence royale- qu’allait ici, en trente ans, se construire une "ville paysage". L’Oise, ses méandres, les coteaux qui les bordent, les vallées de ses affluents, les buttes témoins de la forêt de l’Hautil et de Courdimanche, les traces de ses voies et chemins sont autant d’éléments de la géographie qui ont été pris en compte et qui aujourd’hui participent à constituer l’unité d’une ville contemporaine aux multiples quartiers.

Au centre de la boucle de l’Oise une sablière a progressivement fait place à une base de loisirs régionale. Son exploitation, qui a laissé de vastes étangs mis à disposition des amateurs de navigation à voile, a permis d’extraire de nombreux témoignages de l’occupation ancienne du site dont les qualités ont toujours attiré les implantations humaines : des témoignages du néolithique, époque des mégalithes, dolmens et menhirs, sont nombreux sur les coteaux bordant l’Oise ; localisés en bord de plateau, ils suivent la courbe de la rivière, comme plus tard le feront les villages de Cergy, Vauréal et Jouy-le-Moutier.

C’est tout naturellement, qu’après la décision de création d’une ville nouvelle, le parti d’implantation des quartiers nouveaux retenu a été celui qui les place sur les grands plateaux situés autour de la boucle de l’Oise. Ainsi chacun de ces quartiers aura une part de la rivière :

le quartier de Cergy-Préfecture, centre administratif et commercial de l’agglomération, se prolonge jusqu’à la rive où un ancien bras de l’Oise redonné à l’eau pour constituer, un port de plaisance rattaché au village de Cergy, les quartiers du plateau de l’Hautil, Jouy-le-Moutier et Vauréal, offrent des situations en belvédère sur les étangs, les quartiers de Cergy-St Christophe et de Cergy-le-Haut s’ouvrent sur les horizons de Paris.

Ce cadre du paysage étant fixé, les quartiers de cette agglomération ont pu aisément présenter des caractéristiques urbaines différentes. L’art du dessin des villes a beaucoup évolué en quelques décennies. Cergy-Pontoise s’inscrit aussi dans cette évolution culturelle récente.

On peut ainsi y percevoir, dans les plus anciens de ses quartiers nouveaux, la part belle faite à l’automobile qui a conduit à séparer les voitures et les piétons et à construire un centre-ville sur dalle (Cergy-Préfecture). On y rencontre également, dans les réalisations les plus récentes, des quartiers où, comme dans toutes les villes européennes, avenues, rues et places ont été à la base de l’organisation de l’espace urbain (Cergy-St Christophe, Cergy-le-Haut ou encore les quartiers nouveaux de Jouy-le-Moutier basés sur la notion de Maisons de ville à la manière de beaucoup de villages et bourgades anciens). Cette ville a donc constitué un patrimoine récent de l’architecture et de l’urbanisme auquel de nombreux visiteurs commencent à s’intéresser.

Aujourd’hui, avec environ 190 000 habitants Cergy-Pontoise est la Préfecture d’un département qui compte plus d’un million d’habitants. L’Hôtel du Département, l’Université, les multiples services publics et commerces, les nombreuses activités industrielles et de recherche installées dans de grands parcs paysagers contribuent à faire de cette agglomération la capitale du Nord-Ouest de l’Ile de France.

Une importante réalisation, encore en cours, témoigne de l’alliance de la nouvelle ville, de sa géographie et de son histoire : l’Axe Majeur. Confié à l’artiste Dani Karavan par les concepteurs de la ville, ce parcours enchaîne places publiques et jardins ponctués de quelques constructions : la tour belvédère, accessible aux visiteurs qui, de son sommet, permet d’apercevoir, comme dans le prologue d’un opéra, tous les thèmes que le parcours à pied permet ensuite de découvrir ou encore les 12 colonnes situées à l’extrémité de l’esplanade de Paris, en un lieu où il est possible de découvrir l’ensemble du site jusqu’à, dans son plus lointain, l’Arche de la Défense et la Tour Eiffel.

Les grands quartiers sont en place et Cergy-Pontoise se présente à la fois comme une ville fédérale et une ville-paysage.

   2.2. Que reste t’il à réaliser?

Parfois on peut croire qu’une ville nouvelle se finit. Les villes qui se finissent sont celles qui meurent. Quelques décennies après sa création, Cergy-Pontoise peut, à la rigueur, cesser d’être "nouvelle". Est-elle pour autant "achevée" ? Non.

Le Schéma Directeur de l’agglomération inscrit la possibilité de réaliser, dans une aire englobant les communes associées, et cela dans les douze ans à venir, environ 12 000 logements, ne serait-ce que pour perpétuer l’équilibre habitat- emploi de l’agglomération et tenir compte des facteurs de desserrement conséquences de la baisse de la taille moyenne des ménages. Les parcs d’activités ont dans ce même périmètre un potentiel d’environ 500 ha, cela sans prendre en compte les activités qui peuvent être accueillies à l’intérieur des tissus urbains mixtes. La vigueur de Cergy-Pontoise est donc encore grande. La ville nouvelle a encore beaucoup à évoluer.

Les principales problématiques qui lui sont posées aujourd’hui sont de l’ordre :

Du paysage :

- définition des limites et du rapport de l’agglomération avec sa périphérie - Cergy-Pontoise est bordée du Parc Naturel Régional de Vexin, de la forêt de l’Hautil et de la ceinture verte régionale ; elle doit assurer la transition avec ces lieux qui contribuent à son identité.

- renforcement de la structure végétale interne et en particulier la définition du cœur de la boucle de l’Oise et en particulier du parc de Neuville situé dans le prolongement de la base régionale de loisirs ;

- intégration de l’Oise dans la ville ;

De l’urbain :

- définition autour de la caserne Bossut, libérée de toute activité militaire, du pôle central de l’agglomération reliant les centres – Pontoise l’historique, Cergy l’administrative et commerciale, Saint-Ouen l’Aumône l’industrieuse - et organisant une fédération de centres préservant l’identité de chacun ;

- requalification des tissus urbains dégradés ;

De l’organisation des mobilités internes :

- définition des liaisons de transport collectif entre les gares et les centres de Pontoise, Cergy-Préfecture et Saint-Ouen l’Aumône et des conséquences sur le réseau d’agglomération ;

- amélioration du réseau de circulations douces, partiellement existant mais souvent discontinu ;

- réalisation de nouveaux ponts et passerelles sur l’Oise liant les quartiers et permettant le contournement de l’agglomération ; la rivière qui fonde l’organisation de cette ville est aussi un obstacle à franchir ;

Alors peut-être pourra t’on considérer Cergy-Pontoise comme "achevée" ou plutôt voir la ville entrer, comme toute ville vivante, dans un âge plus commun de perpétuel inachèvement.